C’est une annonce fracassante. Après avoir durement critiqué le plan France THD, les dirigeants de SFR ont annoncé leur intention d’équiper l’ensemble de la France en très haut débit, sans aucune aide publique, d’ici 2025.

« Il faut sortir d’un système où l’on taxe les opérateurs pour subventionner une infrastructure » a déclaré le directeur général de la maison mère Altice, Michel Combes lors d’une conférence de presse le 19 juillet 2017 à propos du plan France Très Haut Débit.

« Aujourd’hui, on est loin du compte en terme de déploiements. La Cour des comptes elle-même indique que les délais ne seront pas tenus et que le budget sera dépassé de plusieurs milliards. Il s’agit de nous laisser faire le boulot comme partout ailleurs » explique le directeur général, pour qui le plan France THD consiste à « gaspiller l’argent public ».

Le plan France THD mis à mal

Démarré par le gouvernement au printemps 2013, le Plan France Très Haut Débit devait permettre de couvrir en très haut débit l’ensemble du territoire français d’ici à 2022. Ce chantier historique, qui mobilise un investissement de 20 milliards d'euros sur dix ans, est mis en oeuvre grâce à la collaboration étroite des collectivités territoriales, des opérateurs privés et de l'Etat.

Par ses déclarations, SFR vient de provoquer un tsunami parmi les opérateurs et entend casser les règles du jeu établis par le plan Très Haut Débit. Concrètement, l’opérateur a annoncé son intention de déployer partout son propre réseau, y compris sur les zones réservées à Orange et aux réseaux d’initiative publique, financées par le gouvernement. Au lieu de louer très cher les infrastructures à ses concurrents, SFR préfère prendre les devants en construisant à ses frais ses propres installations.

De manière plus précise, l’opérateur conteste surtout deux points du plan France THD : le partage avec Orange dans les villes moyennes et avec les réseaux d’initiative publique dans les zones rurales. Dans les grandes villes, le problème ne se pose pas puisque chaque opérateur peut y déployer son propre réseau.

« Faire économiser 15 milliards d’euros à l’Etat »

Dans les villes moyennes, le déploiement actuel est géré à 80% par Orange et à 20% par SFR. Or ce dernier entend obtenir au moins 50% des déploiements. Concernant les zones rurales, SFR dénonce la « financiarisation du modèle » avec des acteurs opportunistes « non industriels » qui profiteraient du système de subventions publiques. Il souhaite mettre fin à cette situation.

Un choix qui permettrait de gagner en rapidité et en efficacité tout en faisant « économiser 15 milliards d’euros à l’Etat », selon Michel Paulin, le directeur général de SFR. L’opérateur s’engage ainsi à équiper en très haut débit 80% du territoire en 2022 et 100% en 2025.

SFR a annoncé être capable de déployer 2 à 3 millions de prises par an contre 1,8 millions actuellement. Il ne déploiera cependant pas la technologie FTTH (Fiber to Home, la Fibre jusqu'à la Maison) mais une infrastructure fibre à terminaison coaxiale, dont la puissance est équivalente au très haut débit, excepté pour certains upload.

Début des travaux en septembre 2017

Pour atteindre ces objectifs, l’opérateur ne réclame aucune aide publique et a déclaré être en mesure de déployer en toute autonomie le très haut débit sur l’ensemble du territoire. « Nous investissons 2 milliards d’euros par an dans le THD » a expliqué Michel Paulin. SFR devrait aussi faire des économies de l’ordre 800 millions d’euros en arrêtant de devoir louer, comme c’est le cas aujourd’hui, certaines de ses infrastructures à son concurrent Orange.

Si le gouvernement n’a pas encore réagi à cette annonce, SFR a assuré qu’il mènera ce projet à terme quoi qu’il arrive. « Nous avons décidé de déployer notre propre infrastructure sur tout le territoire donc nous allons la déployer. Notre programme d’accélération va démarrer début septembre » a affirmé Michel Combes. Le groupe Alice a affirmé créer une entité dédiée, Altice Infrastructure, dans les semaines à venir et estime qu’il commencera les travaux en septembre 2017.