Une fracture numérique géographique persistante

 

En 2013, l'Etat français a lancé conjointement avec les collectivités territoriales le plan France Très Haut Débit qui a pour objectif principal le déploiement de la fibre optique sur l'ensemble du territoire d'ici à 2022, le but étant d'offrir le meilleur du débit Internet à l'ensemble des Français.

 

La fibre moins déployée dans les zones isolées de France

 

La fibre optique est aujourd'hui la technologie disponible la plus puissante puisqu'elle permet de dépasser les 50 Mbit/s. Son déploiement nécessitant des investissements importants, elle est largement présente dans les zones denses françaises qui permettent une meilleure rentabilité. A contrario, dans les zones les moins denses, son installation n'est encore qu'au stade du chantier et la fibre n'y est souvent pas encore disponible.

 

Les électeurs de Le Pen ont deux fois moins accès à la fibre (que ceux de Macron)

 

 

Selon l'enquête réalisée par ZoneADSL, concernant le second tour de la présidentielle de 2017, les électeurs de Marine Le Pen ont deux fois moins accès à la fibre que ceux d'Emmanuel Macron. Un résultat qu'il est intéressant de recouper avec les sondages de campagne datant d'avril 2017 qui indiquent à l'époque que Marine Le Pen est en tête des intentions de vote chez les ruraux (23%) et les habitants de communes de moins de 20.000 habitants (25%) (sondage Ipsos). En clair, dans les zones peu denses de France.

 

Des résultats étonnants qui témoignent d'une véritable facture numérique géographique en France, au niveau du déploiement de la fibre sur le territoire mais aussi de l'accès des différents électeurs à sa technologie, avec une nette différence entre les zones denses et les zones peu denses françaises.

 

Une fracture numérique, reflet de la fracture sociale ?

 

Ces différents constats sont-ils uniquement la conséquence d'une fracture géographique entre les zones denses et les zones peu denses en France ? Ou témoignent-ils d'une fracture sociale plus profonde ?

 

Un résultat conforté au premier tour et aux élections communales et départementales

 

 

Après ces premiers résultats étonnants concernant le second tour de la présidentielle, ZoneADSL a poursuivi son enquête. Les résultats du premier tour de l'élection de 2017 et les résultats des municipales de 2014 montrent que ce n'est pas uniquement l'électorat de Marine Le Pen qui a un faible taux d'accès à la fibre mais tous les partis anti ou hors-système (à l'exception notable de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle). A partir de ces résultats, on ne peut plus dire que cette fracture numérique est uniquement géographique. Elle est aussi le reflet d'une fracture sociale en France.

 

 

 

 

Une déshérence des services publics qui pourrait pousser vers les extrêmes

 

S'il est difficile de tirer des conclusions hâtives, ces chiffres interrogent néanmoins sur la persistance d'une fracture sociale en France. Ils questionnent sur l'impact de la présence ou non des services publics de l'Etat français (avec ici, l'exemple du numérique) sur les intentions de vote de chacun. Les régions isolées, moins peuplées ou moins équipées sont celles qui pâtissent les premières d'une absence de services publics sur leurs territoires. Et c'est également dans ces dernières que les électeurs des extrêmes sont les plus nombreux. Nous pouvons voir en cela un élément qui pourrait confirmer le lien connu entre la déshérence des services publics (dans notre cas, l'accès à la fibre) et le vote des extrêmes.

 

 

Quelle est la vision du nouveau président français sur ce sujet ?

 

Si le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, a réaffirmé le voeu de couvrir en très haut débit l'ensemble du territoire « d'ici la fin du prochain quinquennat », dans les faits, cet objectif semble inatteignable selon le dernier rapport de la Cour des Comptes publié début 2017. « La couverture 100% fibre ne se fera pas avant 2030 et coûtera 35 milliards d'euros contre les 20 milliards d'euros annoncés » explique la juridiction dans son dernier rapport.

 

Une bonne nouvelle est cependant à noter : c'est le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, qui sera en charge de cette problématique, preuve qu'il existe une réelle compréhension sociale du défi que représente la fracture numérique en France.


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